bien rester assez de place pour que le Mental s’y cache ?

— Dans le wagon-reacteur, l’informa Wubslin. Je n’ai pas pu franchir certaines portes. Horza dit que, d’apres les indicateurs, elles devraient etre ouvertes.

— Si je comprends bien, il faut que j’aille y jeter un coup d’?il ? demanda Unaha-Closp en se retournant vers Horza.

— Si ce n’est pas trop te demander, oui, acquiesca le Metamorphe.

— Mais non, mais non, retorqua le drone d’un ton hautain en repassant la porte. Laissez, je m’en occupe. Je commence a adorer qu’on me donne sans arret des ordres.

Sur ces mots, il traversa le wagon de tete et partit en direction du reacteur.

Balveda contempla, de l’autre cote de la vitre blindee, l’arriere du train stationne devant eux, celui que le drone venait de fouiller.

— Si le Mental se cachait dans la voiture-reacteur, dit-elle en tournant lentement la tete vers le Metamorphe, est-ce qu’il apparaitrait sur ton detecteur de masse ? Ou bien est-ce qu’il se confondrait avec la trace de la pile ?

— Comment veux-tu que je le sache ? Je ne suis pas un expert en combis, surtout quand elles sont endommagees.

— Je te trouve bien confiant de deleguer le drone, remarqua la femme de la Culture avec un petit sourire.

— Je ne fais que l’envoyer en eclaireur, Balveda, repondit-il en se detournant pour se concentrer a nouveau sur les commandes.

Il surveillait les ecrans, les cadrans, les compteurs, les mesures et les indications perpetuellement changeantes, dans l’espoir de comprendre ce qui clochait dans le wagon-reacteur, s’il y avait bien un probleme a ce niveau-la. Mais tout semblait normal, pour autant qu’il puisse en juger, encore qu’il se soit moins familiarise avec le reacteur qu’avec les autres elements du train durant son sejour sur le Monde de Schar.

— Bon, intervint Yalson en faisant pivoter son siege de maniere a poser les pieds sur le tableau de bord. (Elle enleva son casque.) Et qu’est-ce qu’on fait si on ne trouve pas de Mental dans le wagon-reacteur ? On part faire un peu de tourisme a bord de cet engin, on prend le transtube, ou quoi ?

— A mon avis, il ne serait pas tres judicieux de prendre un des trains du circuit principal, repondit Horza en jetant un coup d’?il a Wubslin. Je pensais vous laisser tous ici et faire le tour du Complexe par transtube en tentant de reperer le Mental a l’aide du detecteur de masse. Ce ne serait pas tres long, meme en faisant deux fois le periple pour couvrir les deux voies ferrees qui relient les stations. Comme les transtubes n’ont pas de reacteurs, le detecteur ne capterait pas de faux echos qui viennent interferer avec ses propres mesures.

Assis face aux commandes principales du train, Wubslin avait l’air abattu.

— Alors pourquoi ne pas tous nous renvoyer au vaisseau ? interrogea Balveda.

— Balveda, tu n’es pas la pour faire des suggestions.

— J’essayais seulement de me rendre utile, fit l’agent de la Culture en haussant les epaules.

— Et si tu ne trouves rien ? s’enquit Yalson.

On retourne au navire, repondit-il en secouant la tete. C’est tout ce qu’il nous restera a faire. Wubslin pourra y examiner le detecteur de masse de ma combi et, suivant ce qu’il trouvera, on reviendra ou on ne reviendra pas. Maintenant qu’il y a du courant, ca ne nous prendrait pas longtemps, on ne serait pas obliges de tout faire a pied.

— Dommage, emit Wubslin en tripotant les manettes, qu’on ne puisse meme pas prendre ce train pour revenir a la station 4, a cause de celui qui nous barre la route dans la 6.

— On peut sans doute le deplacer aussi, lui dit Horza. Si on utilise les trains du circuit principal, qu’on aille dans un sens ou dans l’autre il nous faudra de toute facon manipuler les aiguillages.

— Bon, si c’est comme ca… (L’air reveur, Wubslin reporta son regard sur les commandes.) C’est l’accelerateur, ca ?

Horza eclata de rire, croisa les bras et regarda l’ingenieur en souriant.

— Oui. On verra plus tard si on peut se permettre une petite balade.

Il se pencha et designa deux ou trois autres manettes a Wubslin, en lui montrant comment preparer le train au depart. Suivit un echange de gestes, de paroles et d’acquiescements muets.

Yalson se tortillait impatiemment sur son siege. Au bout d’un moment, elle tourna la tete vers Balveda. Celle-ci contemplait Horza et Wubslin en souriant ; sentant son regard, la femme de la Culture haussa les sourcils et lui adressa un sourire encore plus franc accompagne d’un leger mouvement de tete indiquant les deux hommes. A contrec?ur, Yalson lui rendit son sourire et deplaca legerement son arme.

Les lumieres defilaient a toute allure et dessinaient dans la cabine un motif lumineux palpitant, stroboscopique. Il le savait : il avait ouvert l’?il et distingue tout cela.

Il lui avait fallu rassembler toutes ses forces pour soulever cette unique paupiere. Il s’etait momentanement laisse aller a somnoler. Il ne savait pas combien de temps, mais il se rendait compte qu’il avait dormi. Il souffrait moins. Sans doute parce qu’il etait reste assez longtemps immobile ; son grand corps brise s’inclinait en travers de ce siege concu pour des creatures differentes de lui. La tete sur le panneau de controle, la main coincee par le petit volet, il avait les doigts colles contre le levier du coupe-circuit situe en dessous.

Comme c’etait reposant ! C’etait meme indiciblement doux, apres cette abominable progression a plat- ventre, a la fois dans le train et dans le tunnel de sa propre souffrance.

Le mouvement du train avait change. Il continuait de le bercer, mais a un rythme un peu plus soutenu maintenant, et une vibration nouvelle s’y etait ajoutee, pareille a un c?ur emballe. A present, il lui semblait meme l’entendre. Le bruit du vent soufflant dans ces cavernes enfouies au plus profond de la terre, tres loin sous les neiges fouettees par le blizzard. Ou alors, c’etait le produit de son imagination. Il aurait ete bien en peine de le dire.

Il avait l’impression d’etre redevenu enfant, de partir en voyage avec ses camarades de classe sous la garde de leur vieux Querlmentor ; berce, il allait s’endormir, glisser dans un sommeil bienheureux dont il sortirait de temps en temps, tout engourdi.

Il ne cessait de se repeter : J’ai fait tout ce que j’ai pu. Ce n’est peut-etre pas suffisant, mais j’ai fait tout ce qui etait en mon pouvoir. Il y trouvait une certaine consolation.

Comme le reflux de la douleur, cela l’apaisait ; comme le balancement du train, cela le rasserenait.

Il referma son ?il unique. Le noir aussi lui procurait du reconfort. Il ignorait totalement quelle distance il avait parcourue, et commencait a penser que cela n’avait aucune importance ; tout a coup, il oubliait le but de ses actes. Mais la encore, quelle importance ? Il les avait accomplis ; tant qu’il ne bougeait pas, rien ne comptait. Rien.

Les portes etaient effectivement bloquees en position fermee, comme dans l’autre train. Le drone exaspere projeta un champ de force contre une des portes du wagon-reacteur et fut rejete en arriere par le contrecoup.

La porte n’etait meme pas eraflee.

Aie, aie, aie !

Oblige de se rabattre une nouvelle fois sur les passages etroits et les gaines de cables, Unaha-Closp fit demi-tour et emprunta un couloir assez court avant de se laisser tomber dans une trappe d’inspection sous le plancher du premier etage.

Naturellement, c’est toujours moi qui me coltine tout le boulot. J’aurais du m’en douter. Au fond, ce que je fais pour ce fumier revient a traquer une machine comme moi. Je devrais faire tester mes circuits. J’ai bien envie de ne rien lui dire, meme si je tombe sur le Mental quelque part dans ce train. Ca lui apprendrait.

Le drone releva le volet d’inspection et s’enfonca dans l’espace etroit et sombre qui s’etendait juste sous le plancher. Le sas se referma en chuintant derriere lui, le coupant de sa source lumineuse. Le drone envisagea de remonter l’ouvrir, mais se dit : Il va surement se refermer aussitot, automatiquement ; je vais perdre patience et l’abimer, ce qui serait en fin de compte inutile et mesquin. Il s’abstint donc ; ce genre de comportement, c’etait bon pour les humains.

Alors il s’engagea dans le conduit et partit vers l’arriere du train dans l’intention de se faufiler sous le reacteur.

L’Idiran deblaterait toujours. Aviger l’entendait sans l’ecouter, et le voyait du coin de l’?il sans vraiment le

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