D’accord, mais cette sonnerie… n’aurait-elle pas ete accompagnee d’un signal visuel ?

Balveda se tourna vers la vitre, sans regarder consciemment au-dehors. Puis elle se cala contre le tableau de bord et reporta son regard sur les autres.

— … ou si tu es vraiment serieux quand tu parles de continuer a chercher ce maudit engin, disait Yalson.

— Ne t’en fais pas, va, repliqua Horza en appuyant ses propos d’un hochement de tete. Je le trouverai.

Balveda se detourna et regarda a nouveau dehors.

Juste a ce moment-la, dans les casques de Yalson et Wubslin retentit la voix pressante du drone. L’attention de Balveda fut attiree par un morceau de plastique noir qui glissait rapidement sur le quai. Ses yeux s’ecarquillerent. Sa bouche s’ouvrit toute grande.

La bourrasque se fit ouragan. Un bruit d’avalanche lointaine sortait de la bouche du tunnel.

Alors, tout au fond de la derniere ligne droite avant la station 7, une lumiere naquit dans le tunnel.

Xoxarle ne pouvait pas la voir, mais entendit le bruit ; il releva le canon de son arme et le pointa dans l’alignement du train stationne. Ces stupides humains n’allaient certainement pas tarder a comprendre.

Des rails d’acier s’eleva tout a coup une longue plainte.

Le drone rebroussa rapidement chemin, projetant contre les parois du conduit les longueurs de cable sectionnees.

— Yalson ! Horza ! lanca-t-il dans son communicateur en remontant a toute allure l’etroit passage souterrain.

Au moment de tourner a l’angle qu’il avait du aplatir pour pouvoir passer, il entendit le faible ululement aigu et insistant de la sonnerie d’alarme.

— Signal d’alarme ! s’exclama-t-il a nouveau. Je l’entends maintenant ! Qu’est-ce qui se passe ?

Depuis son boyau, il sentait la masse d’air se ruer sur le train, le parcourir et le chahuter.

— Il y a un coup de vent dehors ! fit promptement Balveda des que la voix du drone se fut eteinte.

Wubslin ota son casque du tableau de bord. En dessous clignotait un petit voyant orange, que le Metamorphe regarda fixement. Balveda reporta son attention sur le quai, ou roulaient des nuages de poussiere. En face du portique arriere, le materiel leger pose sur la palette s’envolait.

— Horza, reprit-elle calmement. Je ne vois ni Xoxarle ni Aviger.

Yalson bondit sur ses pieds. Horza jeta un coup d’?il par la fenetre laterale, puis contempla de nouveau le voyant de la console.

— C’est un signal d’alarme ! reprit la voix du drone dans leurs deux casques. Je l’entends !

Horza ramassa prestement son fusil, saisit le bord du casque que Yalson tenait a deux mains et repondit :

— C’est un train, drone ; ce que tu entends, c’est l’alarme-collision. Descendez immediatement du train. (Il lacha le casque, que Yalson enfila aussitot avant de le verrouiller sur sa tete. Horza fit un geste en direction de la porte.) Dehors tout le monde ! profera-t-il en regardant successivement Yalson, Balveda et Wubslin qui, reste assis, tenait toujours a la main son casque recupere sur la console.

Balveda se dirigea vers la porte, Yalson sur ses talons. Horza fit mine de leur emboiter le pas, puis se ravisa et regarda Wubslin, qui posait son casque par terre et se retournait vers les commandes.

— Wubslin ! hurla-t-il. Dehors, vite !

Balveda et Yalson traverserent le wagon au pas de course. Yalson se retourna et jeta un regard hesitant en arriere.

— Je vais le faire demarrer, declara l’ingenieur d’un ton pressant sans se retourner vers Horza.

Il enfonca quelques boutons.

— Wubslin ! repeta Horza sur le meme ton. Sors de la tout de suite !

— Ne t’en fais pas pour moi, Horza, repliqua-t-il sans cesser de basculer des leviers et des interrupteurs, grimacant quand il devait bouger son bras blesse, mais toujours sans tourner la tete. Je sais ce que je fais. Descends, toi. Moi, je vais le faire demarrer, ce train ; tu vas voir.

Horza jeta un regard vers l’arriere du vehicule. Yalson se profilait dans l’encadrement d’une porte, au beau milieu de la voiture de tete, et regardait alternativement Balveda – qui s’eloignait en direction de la deuxieme voiture et des rampes d’acces – puis Horza, qui se tenait toujours dans la cabine de pilotage. Ce dernier lui fit signe de descendre du train, puis fit demi-tour et attrapa Wubslin par le coude.

— Imbecile ! cria-t-il. Si ca se trouve, le train qui vient vers nous fait du cinquante metres/seconde ; tu sais combien de temps il faut pour faire demarrer ces engins ?

Il tira l’ingenieur par le bras. Celui-ci fit volte-face et, de sa main libre, le frappa au visage. Le Metamorphe partit en arriere et tomba, plus sous le coup de la surprise que de la douleur. Wubslin se retourna vers les commandes.

— Tu m’excuseras, Horza, mais je peux le deplacer jusqu’a ce virage, la, pour le mettre a l’abri. Maintenant, va-t’en. Laisse-moi.

Horza empoigna son fusil-laser, se releva, contempla une seconde l’ingenieur absorbe dans sa tache, puis tourna les talons et partit en courant. A ce moment-la le train fut deporte sur le cote, parut se detendre puis se contracter.

Yalson avait suivi Balveda, puisque Horza le lui avait ordonne par gestes.

— Balveda ! appela-t-elle. Les sorties de secours ! Descends au premier niveau !

Mais l’agent de la Culture ne l’entendit pas. Elle foncait toujours vers la deuxieme voiture et les passerelles. Yalson partit a sa suite en la maudissant.

Le drone emergea du plancher comme une bombe et gagna en un clin d’?il la trappe de secours la plus proche.

Cette vibration ! Mais c’est un train ! Un autre train qui arrive, et a toute vitesse ! Qu’ont-ils donc fait, ces imbeciles ? Il faut que je sorte de la !

Balveda derapa dans un virage et reussit a se retablir en saisissant l’angle d’une paroi ; puis elle plongea vers la porte ouverte qui donnait sur la rampe centrale. Les pas de Yalson resonnaient dans son dos.

Elle sortit sur la passerelle et se retrouva au beau milieu d’un ouragan hurlant qui soufflait de maniere continue. Aussitot, tout autour d’elle l’air s’emplit de craquements et d’etincelles ; la lumiere jaillit de tous cotes et les poutrelles eclaterent en jets de metal en fusion. Elle se jeta a plat ventre, glissa, roula sur elle-meme. Devant elle, la ou la passerelle s’incurvait pour rejoindre l’etage inferieur, la superstructure etait tout illuminee de decharges laser. Balveda se releva a demi et, cherchant des pieds et des mains un appui sur le sol de la passerelle, se rejeta en arriere et rentra dans le train a l’instant meme ou les rafales ininterrompues faisaient sauter tout un cote de la rampe d’acces, jusqu’a la rambarde opposee. En arrivant, Yalson faillit trebucher sur Balveda ; cette derniere l’agrippa par le bras.

— On nous tire dessus !

Yalson s’approcha de la porte et se mit a riposter.

Le train fremit.

L’ultime ligne droite separant la station 6 de la suivante mesurait plus de trois kilometres. Entre le moment ou les feux du train devinrent visibles depuis l’arriere du train en gare, et l’instant ou ce dernier emergea brusquement du tunnel obscur, il s’ecoula moins d’une minute.

Le corps sans vie de Quayanorl roulait et tanguait, trop bien cale pour se laisser deloger du tableau de bord par les oscillations du train ; son ?il clos et froid faisait face, derriere un pan de vitre blindee, a un espace noir comme la nuit ou defilait pourtant une double ligne lumineuse quasi ininterrompue avec tout au bout un halo de clarte de plus en plus grand, un anneau de luminescence crue avec, en son centre, un c?ur de metal gris.

Xoxarle jura. Sa cible ayant reagi tres vite, il avait manque son coup. Cependant, les humains etaient maintenant bloques dans le train. Il les tenait. Sous son genou, le vieil humain gemit et essaya de remuer. Xoxarle accentua la pression de son pied et se prepara a tirer de nouveau. La masse d’air en mouvement sortait en hurlant du tunnel pour se jeter contre l’arriere du train.

Des tirs s’abattirent au fond de la gare, mais encore bien loin de sa cachette : les humains ripostaient. L’Idiran sourit. A ce moment-la, le train entra en gare.

— Sortez ! lanca Horza en rejoignant les deux femmes. L’une faisait feu par la porte tandis que l’autre, accroupie, risquait de temps en temps un regard dehors. L’air s’engouffrait en tourbillonnant dans le wagon, qu’il malmenait en rugissant.

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