— Ce doit etre Xoxarle ! cria Yalson pour couvrir le vacarme du vent dechaine.

Puis elle se pencha au-dehors et tira. De nouveaux impacts vinrent ricocher sur la passerelle et cribler la carrosserie du train tout autour de la porte, qui livra passage a une rafale d’eclats incandescents. Le train vacilla, puis s’ebranla tres lentement.

— Mais enfin qu’est-ce que… ? hurla Yalson en se retournant vers Horza, qui venait la retrouver pres de la porte.

Le Metamorphe haussa les epaules, puis se pencha a son tour afin de faire feu vers le fond de la station.

— C’est Wubslin ! cria-t-il.

Puis il lacha une salve. Le train avancait au pas ; du cote gauche, l’encadrement de la porte dissimulait deja un bon metre de portique. Quelque chose petilla au loin, dans les tenebres du tunnel, ou le vent hurlait en soulevant des tourbillons de poussiere et en charriant un fracas de tonnerre incessant.

Horza secoua la tete. Puis il fit signe a Balveda d’avancer sur la rampe, dont une moitie seulement restait accessible depuis la porte du train, et fit feu. Yalson se pencha et l’imita. Balveda s’engagea sur la passerelle.

Au meme moment, une trappe s’ouvrit brusquement vers le milieu du train et un enorme disque metallique se decoupa dans la carrosserie pour s’abattre a grand bruit sur le quai, comme une gigantesque capsule aplatie basculant d’un seul coup sur sa base. Un petit objet noir surgit par la trappe et, juste a cote, dans la grande ouverture circulaire, apparut un point argente qui s’enfla pour former bientot un ovoide eclatant revetu d’une substance reflechissante ; le pan de carrosserie s’ecrasa au sol, le drone fusa dans les airs et Balveda s’avanca sur la rampe.

— Il est la ! hurla Yalson.

Le Mental etait sorti du train et s’appretait a virer pour s’en eloigner le plus vite possible. Alors les salves laser qui jaillissaient a intervalles reguliers du fond de la station changerent de cible ; au lieu de se concentrer sur la passerelle, elles se mirent a arroser de lumiere la surface argentee de l’ellipsoide. Le Mental parut s’immobiliser dans les airs, ebranle par la fusillade ; puis il plongea de cote, vers le quai, et sa coque lisse subitement assombrie se mit a onduler tandis qu’il traversait le violent courant d’air et foncait de guingois sur le mur de la station, comme un vaisseau spatial en perdition. Balveda descendait la rampe en courant ; elle avait presque atteint le niveau inferieur.

— Dehors ! hurla Horza en poussant Yalson dans le dos.

Les portieres n’etaient plus du tout en face des rampes d’acces ; les moteurs du train avaient beau rugir, le vacarme de l’ouragan qui balayait la gare etait tel qu’on ne les entendait meme pas. Yalson se donna une tape sur le poignet pour activer son anti-g, puis sauta par la portiere, tout droit dans la bourrasque, sans cesser de tirer.

Horza se pencha au-dehors ; a present, il etait oblige de tirer a travers les montants de la passerelle, decalee par rapport a la portiere. Il se retint d’une main et sentit la carrosserie trembler comme un animal effraye. Quelques tirs perdus atteignirent les poutrelles et firent naitre des geysers de debris qui, rabattus par le vent, l’obligerent a rentrer la tete dans le wagon.

Le Mental heurta violemment le mur de la station et roula sur lui-meme pour aller se loger dans l’angle forme par le sol et la paroi arrondie ; son revetement exterieur de plus en plus terne etait secoue de fremissements.

Unaha-Closp partit en zigzag entre les tirs laser. Balveda arriva au bas de la passerelle et s’elanca sur le quai. L’eventail de tir, dont la source se situait dans le tunnel pieton, parut hesiter entre elle et Yalson, qui se deplacait toujours dans les airs, puis vint envelopper cette derniere. Yalson riposta, mais la salve l’atteignit et une gerbe d’etincelles naquit sur sa combinaison.

Horza se jeta par la portiere du train, qui continuait d’avancer tres lentement, et se recut durement sur la roche du quai ; le choc lui coupa le souffle et la violence de l’ouragan le fit plusieurs fois rouler sur lui-meme. Des qu’il put se remettre sur pied, il partit a toutes jambes, encore tout desequilibre par sa chute, et arrosa le fond de la station malgre la bourrasque. Yalson continuait d’avancer dans le torrent d’air et le crepitement des rafales laser.

Un flamboiement eclata a l’arriere du vehicule, qui gagnait progressivement de la vitesse. Le vacarme du train qui arrivait dans le tunnel monta dans les aigus et noya tous les autres sons, jusqu’aux detonations, a tel point que le reste semblait se derouler dans un silence de mort au c?ur de ce formidable hurlement.

Yalson perdit de l’altitude ; sa combinaison etait endommagee.

Ses jambes entrerent en mouvement avant meme qu’elle n’ait touche le sol, et lorsqu’elle atterrit elle courait deja vers l’abri le plus proche, vers le Mental qui n’etait plus qu’une masse gris terne echouee contre le mur.

Puis elle changea d’avis.

Juste au moment ou on aurait cru qu’elle plongerait derriere le Mental, elle le contourna en toute hate et fonca vers les renfoncements pratiques dans le mur.

Les tirs de Xoxarle l’atteignirent au moment ou elle changeait de direction et, cette fois, le blindage de sa combinaison ceda, ne pouvant plus encaisser d’autres decharges d’energie. Le feu laser illumina tel un eclair la silhouette de la jeune femme, qui fut projetee dans les airs ; les bras ecartes, elle se mit a ruer et tressauter comme une poupee dans la main d’un enfant en colere. Un nuage cramoisi s’echappa de sa poitrine et de son abdomen.

A cet instant le train deboucha du tunnel.

Il penetra dans la gare porte par une maree de bruit, tel un coup de tonnerre materialise, sculpte dans le metal, et fut instantanement sur le wagon de queue. Xoxarle, qui le vit de plus pres que les autres, eut le temps d’entrevoir brievement le nez fusele et luisant de l’engin avant que tout l’avant, incline comme une immense pelle, ne percute violemment l’arriere de l’autre.

Jamais l’Idiran n’aurait cru possible un vacarme plus formidable encore que le hurlement du train ; pourtant, le fracas de la collision le ridiculisa. Ce fut comme une etoile de bruit, une aveuglante nova la ou, quelques instants auparavant, ne brillait qu’une timide luminescence.

Le nouveau train s’ecrasa a une vitesse de cent quatre-vingt-dix kilometres a l’heure contre l’autre, qui n’avait avance, dans sa lenteur infinie, que d’une longueur de wagon, et se jeta contre le wagon de queue du train que pilotait Wubslin. En une fraction de seconde, il le souleva puis le plia en accordeon pour le tasser ensuite contre le plafond du tunnel et le comprimer en un tampon de ferraille compacte, couche sur couche de metal et de plastique, au moment meme ou son nez, puis sa premiere voiture rompaient les rails, passaient sous les wagons de queue fracasses et en pulverisaient les roues avant d’en faire eclater la peau de metal dont des morceaux s’envolerent, pareils aux eclats d’un formidable obus.

Le train continua a se creuser un sillon dans le metal devaste, eventrant son semblable ou se coulant sous son ventre ; il derapa, puis se deporta brusquement : des sections ecrasees de l’un et l’autre train furent projetees contre la paroi, a gauche des rails, puis, sous le choc, repoussees dans la partie centrale de la gare tel un triangle solide de metal acere et de roc fracture tandis que les wagons se cabraient, se comprimaient, se telescopaient et se desintegraient aussitot.

Le tunnel continuait de vomir le reste du train, voiture apres voiture, pour aller alimenter le chaos de ruines qui l’attendait plus loin ; la, les wagons se dressaient, s’ecrasaient en retombant et se mettaient en travers de la voie. Des flammes jaillissaient, palpitaient au milieu des decombres ravages par les detonations ; des gerbes d’etincelles naissaient un peu partout, le verre brise giclait en eventail par les fenetres fracassees, et des rubans de metal ereinte cinglaient les parois.

Xoxarle battit en retraite dans le tunnel pour se soustraire au vacarme insoutenable.

Wubslin encaissa l’impact, qui le secoua violemment dans son fauteuil. Il savait deja qu’il avait echoue : le train, son train avancait trop lentement. Une main de geant surgie de nulle part lui assena une formidable claque dans le dos ; ses tympans craquerent. La cabine de pilotage, le wagon, le train tout entier trepiderent autour de lui. Brusquement, voila que l’arriere du train de tete, celui qui etait arrete dans le secteur entretien-reparation, foncait a toute allure vers lui. Wubslin sentit son train quitter les rails dans le virage qui aurait pu l’aiguiller vers la securite. L’acceleration se poursuivait. Il etait cloue sur place, incapable de faire quoi que ce soit pour sauver sa peau. Au-devant, le wagon de queue se precipita vers lui a la vitesse de l’eclair ; l’ingenieur ferma les yeux une demi-seconde avant d’etre ecrase comme un insecte.

Horza se retrouva rencogne dans une petite alcove percee dans le mur de la gare ; il n’aurait su dire

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