— Effondrement Anti-Matiere, petit.
Lenipobra poursuivit son chemin et Yalson sourit.
Horza, lui, rit sans bruit en voyant le jeune homme hocher la tete dans le col ouvert de sa combinaison, puis franchir la porte arriere de la navette.
La
Sur un petit ecran, fixe a un bout du compartiment principal de la navette depuis sa derniere expedition, les silhouettes en combinaison pouvaient contempler a loisir la courbe apparemment infinie que dessinait le materiau de base ultradense de l’Orbitale en partant s’enfoncer, sous la lumiere des etoiles, dans les profondeurs obscures de l’espace. On avait l’impression de voler a l’envers sous une planete de metal ; de tous les spectacles offerts par la galaxie en matiere d’artefacts engendres par le pouvoir de la volonte, celui-ci n’aurait ete eclipse (au niveau de ce que la Culture appelait le « facteur de saisissement ») que par un Anneau de grande taille, ou encore par une Sphere.
La navette longea quelque mille kilometres de subsurface unie. Puis, subitement, apparut au-dessus d’elle un triangle de tenebres, une surface oblique a la substance encore plus lisse que le materiau de base, mais limpide, translucide, et qui surgissait de ce dernier pour fendre l’espace comme le fil d’un poignard de cristal, et cela sur deux mille kilometres : le Mur-Limite. Il s’agissait en l’espece du Mur borde par l’ocean, a l’oppose du filament de terres qu’ils avaient distingue en approchant a bord de la
— Bon sang, qu’est-ce que c’est grand ! murmura Neisin.
L’appareil continua de s’elever et, au-dessus de lui naquit, a travers le mur, une aura lumineuse, une radieuse etendue de bleu.
La navette penetra dans la lumiere du soleil a peine filtree par le mur transparent et deboucha dans l’espace vide qui s’ouvrait derriere le Mur-Limite. Deux kilometres plus loin commencait l’atmosphere, toute rarefiee qu’elle fut ; pourtant l’appareil poursuivit son ascension dans le neant, suivant la courbe du mur en direction de son sommet. Elle en franchit le fil tranchant, a deux mille kilometres d’altitude par rapport a la base de l’Orbitale, puis entama la descente le long de la face opposee, vers l’interieur. Elle passa dans le champ magnetique de l’Orbitale, zone ou d’infimes particules magnetisees de poussiere artificielle arretaient une partie des rayons du soleil, assurant ainsi a l’ocean une temperature plus basse qu’ailleurs et donnant naissance aux differents climats de Vavatch. La navette tombait toujours : elle traversa d’abord des nuages d’ions, puis de gaz rarefies, pour entrer enfin dans une atmosphere legere et sans nuages fremissant sous les courants aeriens provoques par l’acceleration de Coriolis. Le ciel passa du noir au bleu. L’Orbitale de Vavatch, cette boucle de liquide de quatorze millions de kilometres, paraissait suspendue, nue, dans l’espace, etiree devant l’appareil en pleine chute tel un gigantesque tableau circulaire.
— Bon, au moins il fait jour, remarqua Yalson. Reste a esperer que le chef ne se trompe pas en pretendant localiser avec precision cette merveille de navire.
Des nuages s’afficherent sur l’ecran. La navette plongeait vers un paysage trompeur en realite constitue de vapeur d’eau. Celle-ci semblait s’etendre a l’infini contre la surface incurvee de l’Orbitale qui, meme a cette altitude, semblait plate, avant de jaillir brusquement vers la noirceur de la voute celeste. Ils apercevaient egalement le bleu du veritable ocean, mais beaucoup plus loin, encore qu’on en distinguat aussi quelques taches plus rapprochees.
— Ne vous en faites pas pour la couverture nuageuse, annonca Kraiklyn par l’intermediaire du haut-parleur de la cabine. Elle se dissipera en fin de matinee.
La navette continuait de descendre et d’approcher la surface en fendant une atmosphere de plus en plus dense. On entra bientot dans les premiers nuages de haute altitude. Horza s’agita un peu dans sa combinaison ; depuis que la
Les nuages emplirent l’ecran de gris.
— Le voila ! s’ecria Kraiklyn sans essayer de dissimuler son enthousiasme.
Il ne leur avait pas parle depuis un bon quart d’heure, et ils commencaient a montrer des signes de nervosite. La navette avait tangue plusieurs fois, d’un cote puis de l’autre, comme pour chercher a reperer l
— J’apercois les plus hautes tours !
Tous se leverent et se rassemblerent devant l’ecran. Lamm et Jandraligeli furent les seuls a ne pas quitter leur siege.
— Merde, il etait temps ! fit Lamm. Je me demande bien pourquoi il faut si longtemps pour trouver un engin de quatre K de long.
— Pas facile sans radar, repliqua Jandraligeli. Personnellement, je me felicite qu’on ne lui ait pas fonce en plein dedans en traversant ces maudits nuages.
— Merde, profera encore Lamm en inspectant a nouveau son arme.
— … Regardez-moi ca, fit Neisin.
Au milieu d’un desert de nuages, tel un immense canyon arrache a une planete de vapeur, au-dela des kilometres de couches successives et perdu dans un espace si vaste que le panorama s’estompait au lieu de prendre fin ; malgre l’atmosphere limpide que laissaient entrevoir les zones degagees, l
Les niveaux inferieurs de la superstructure restaient invisibles sous les echarpes de brume qui enlacaient l’ocean, mais de ses ponts masques s’elancaient de gigantesques tours et edifices de verre et de metal leger qui la dominaient a plusieurs centaines de metres de hauteur. Apparemment independants les uns des autres, ils se mouvaient lentement, regulierement, sur la surface plane de la couche nuageuse basse comme des pieces sur un jeu d’echecs sans fin et projetaient des ombres vagues, aqueuses, sur le sommet opaque du banc de vapeur tandis que le soleil du systeme de Vavatch percait de ses rayons les formations nuageuses derivant dix kilometres plus haut.
En se deplacant dans l’air, ces tours enormes laissaient derriere elles des volutes et des rubans de vapeur detaches du front de brume uniforme par le passage du grand vaisseau qui progressait en dessous. Par les petites trouees que pratiquaient dans la brume les tours et les structures superieures, on apercevait le bas du navire : passerelles et promenades, arches solidaires d’un systeme a monorail, piscines et jardins arbores, et meme quelques equipements, notamment de minuscules aeros et des meubles dignes d’une maison de poupee. L’?il et le cerveau embrassant la scene pouvaient, a cette altitude, discerner le renflement que dessinait le navire dans le matelas de brouillard – une legere elevation longue de quatre kilometres sur pres de trois de large en forme de feuille tronquee ou de pointe de fleche.
La navette descendit encore. Fenetres miroitantes, ponts suspendus, terrains d’atterrissage, antennes, bastingages, ponts et marquises claquant au vent, les tours defilerent, silencieuses et sombres, sur le cote de l’appareil.
— Ma foi, on dirait qu’il va falloir marcher un peu pour arriver jusqu’aux lasers de proue, les gars, fit Kraiklyn d’un ton pragmatique. Je ne peux pas passer la-dessous. Mais on est encore a une bonne centaine de kilometres du Mur-Limite, donc on a tout le temps. Et de toute facon, le navire ne va pas tout droit vers le mur. Je vais poser l’appareil aussi pres que possible.
