pour en faire une garantie solide et sure en cas de phase difficile. La rumeur – comme toujours assez contradictoire pour susciter des soupcons legitimes – disait que, de tous les peuples de la galaxie, c’etait la Culture qui possedait le plus gros tas de Credits. La societe qui, dans tout le paysage civilise, pronait avec le plus de ferveur l’abandon de la monnaie ! Mais Horza n’ajoutait pas reellement foi a cette rumeur ; en fait, pour lui c’etait exactement le genre de bruit que la Culture etait bien capable de repandre volontairement.
Il rangea les pieces dans une poche interieure de sa blouse. Kraiklyn tendait le bras vers le centre de la table et ajoutait une petite somme a la grosse pile qui s’y dressait deja. Redoublant d’attention, le Metamorphe se dirigea vers le plus proche bar ou l’on put egalement changer de l’argent, et obtint huit Centiemes en echange de son unique Dixieme (en raison d’une commission exorbitante, meme pour Vavatch) ; puis il reussit, grace a quelques petites pieces, a s’introduire sur une terrasse comportant des meridiennes inoccupees. La, il se brancha sur les pensees de Kraiklyn. Une question lui sauta au visage et lui entra brusquement dans la tete.
Il eprouva une sensation de vertige, un formidable etourdissement, l’equivalent – a une echelle bien superieure – de la desorientation qui s’empare des yeux lorsque ceux-ci se fixent sur un motif simple et regulier et que le cerveau evalue mal la distance ; alors la focalisation erronee parait exercer une traction sur les globes oculaires, un combat se livre entre les muscles et les nerfs, entre la realite et l’hypothese. Il n’avait pas la tete qui tournait, non, ce n’etait pas exactement cela ; il avait plutot l’impression qu’elle chavirait, sombrait, luttait…
Vlan ! Vlan ! Vlan ! Un bruit de barrage qui s’ecroule, de porte qui claque ; agression et incarceration, explosion et effondrement a la fois.
Rien qu’un petit accident. Une legere erreur. Un de ces facteurs… Un jeu de Debacle, et un impressionniste high-tech… une combinaison malheureuse.
Un esprit entre deux miroirs. Il etait en train de se noyer dans son propre reflet (quelque chose se brisait), de passer de l’autre cote. Une partie de lui-meme – celle qui ne dormait pas ? Oui ? Non ? – hurlait en s’enfoncant dans le puits de tenebres :
… Le son s’attenua, devint murmure, puis plainte venteuse d’air confine soufflant entre les arbres morts lors d’un vain minuit de solstice, au c?ur de l’hiver de l’ame en un lieu calme et dur.
Il savait…
Murmure :
Il y a eu un petit accident
Lui
… Mais il y a quelque chose qui cloche dans cette theorie…
Souvenir d’une cellule qui se divise, vue au ralenti, les tout premiers pas de la vie autonome, mais encore dependante.
(Silence.)
(Echo issu de cette meme fosse de nuit, nu dans le paysage en friche, avec pour seul vetement la plainte glaciale du vent, seul dans les tenebres hivernales sous un ciel de froide obsidienne, ceci :)
Le vent hurle, vide de sens, engloutit la tiedeur, cloaque ou s’englue l’espoir, repartit dans les cieux noirs la chaleur epuisee de son corps, dissout la flamme saumatre de sa vie, le glace jusqu’aux os, sape progressivement, ralentit le mouvement. Il se sent a nouveau tomber et sait que cette fois il plonge plus profond, vers un endroit ou le silence et le froid sont absolus, ou nul appel ne retentit, meme pas celui-ci.
(Hurla comme le vent :)
(Silence.)
(Silence.)
(Murmure :)
Deux. Quelqu’un avait parle. Une fois.
Il jouait a un autre jeu que l’autre (mais avait toujours l’intention de mettre fin a une vie). Il observait, ressentant ce que ressentait l’autre, mais ressentant davantage.
Horza. Kraiklyn.
Maintenant il savait. Le jeu s’appelait… Debacle. Le lieu… un monde ou une bribe du concept de depart se retournait sur elle-meme : une Orbitale : Vavatch. Le Mental sur le Monde de Schar. Xoralundra. Balveda.
Une breche dans le mur de la cellule ; l’eau qui se deverse ; la lumiere qui se libere ; l’illumination… conduisant a la renaissance.
La pesanteur, le froid et une lumiere vive, si vive…
