Horza suivit de petits groupes aux vetements bigarres a travers un hall d’accueil bourdonnant d’activite. On y voyait quelques individus en uniforme, mais qui n’arretaient personne. Horza se sentait un peu etourdi ; il avait l’impression de n’etre qu’un passager dans son propre corps. Mais le marionnettiste ivre dont il s’etait un peu plus tot senti le jouet avait quelque peu dessoule, et le guidait a present entre les attroupements vers la porte d’un nouvel ascenseur. Il voulut secouer la tete pour s’eclaircir les idees, mais decouvrit que cela lui faisait mal. Il recouvrait peu a peu l’ouie.
Il regarda ses mains, puis se depouilla de la peau-empreinte de ses paumes en les frottant contre les revers de son costume, jusqu’a ce qu’elle forme un rouleau et se detache pour tomber sur le sol du couloir.
En sortant de ce second ascenseur, ils se retrouverent a bord de l’astronef. Les autres se disperserent au gre de spacieux couloirs aux tons pastel dont le plafond etait tres haut. Horza regarda d’un cote, puis de l’autre, tandis que la cabine remontait avec un chuintement vers la sphere d’accueil. Un drone de petite taille vint dans sa direction en flottant dans les airs. Il avait la forme et la taille d’un sac a dos, et Horza l’observa prudemment en se demandant s’il emanait ou non de la Culture.
— Pardonnez-moi, mais… est-ce que tout va bien ? s’enquit la machine d’une voix energique, mais plutot amicale.
Horza eut peine a l’entendre.
— Je suis perdu, repondit-il trop fort. Perdu, repeta-t-il un ton plus bas, ce qui fit qu’il ne s’entendit presque plus lui-meme.
Il s’avisa qu’il oscillait legerement sur place, et sentit l’eau couler dans ses bottes et s’egoutter de sa cape detrempee sur la surface moelleuse et absorbante du sol.
— Ou desirez-vous aller ? demanda le drone.
— Je cherche un vaisseau appele… (Envahi par un desespoir impregne de lassitude, Horza ferma les yeux. Il n’osait pas reveler le vrai nom du navire.)
Le drone se tut une seconde, puis repondit :
— Je regrette, je ne crois pas que nous ayons a bord un navire de ce nom. Peut-etre se trouve-t-il dans la zone portuaire proprement dite, et non sur le
— Il s’agit d’un vieux cuirasse d’assaut hronish, precisa Horza d’un ton las en cherchant du regard un endroit ou s’asseoir.
Il finit par reperer des sieges encastres dans le mur a quelques metres de la, et partit dans cette direction. Le drone lui emboita le pas et descendit dans les airs au moment ou l’autre s’assit, afin de se trouver a nouveau a hauteur de ses yeux.
— Il a une centaine de metres de long, reprit le Metamorphe qui, a ce stade, ne se souciait plus de reveler quoi que ce fut. Il etait en reparation chez un armateur du port ; ses unites-gauchissement etaient endommagees.
— Ah ! Il me semble savoir de quel vaisseau vous voulez parler. Il est amarre plus ou moins a la verticale de l’endroit ou nous nous trouvons actuellement. Je n’ai pas son nom en archives, mais a mon avis, c’est bien lui que vous cherchez. Vous y arriverez tout seul, ou vous preferez que je vous conduise ?
— Je ne sais pas si j’en suis capable, repondit Horza avec sincerite.
— Veuillez patienter un instant. (Le drone resta quelques secondes suspendu dans les airs en face de Horza, puis declara :) Tres bien, suivez-moi. Il y a un transtube par la, au niveau inferieur.
La machine recula et indiqua la direction qu’ils devaient prendre en etendant un champ brumeux qui sortit de sa coque. Horza se leva et partit a sa suite.
Ils descendirent par un petit puits anti-g ouvert, puis traverserent une vaste zone degagee ou etaient gares certains des vehicules a roues et a jupe dont on se servait sur l’Orbitale.
— Juste quelques echantillons. Pour la posterite, l’informa le drone.
Il ajouta que le
A l’autre bout du hangar, ils emprunterent un nouveau couloir, puis penetrerent dans un cylindre d’environ trois metres de diametre sur six de longueur, qui deroula son panneau de fermeture, fit une brusque embardee et se retrouva instantanement aspire par un tunnel plonge dans l’obscurite. L’interieur etait baigne d’une lumiere tamisee. Le drone lui expliqua que les fenetres en etaient occultees car, a moins d’en avoir l’habitude, les voyages en capsule a travers un VSG pouvaient se reveler penibles, a la fois a cause de la vitesse et des changements de direction abrupts, que l’?il percevait mais que le corps ne ressentait pas. Horza se laissa lourdement choir sur un des sieges pliants qui s’offraient a lui au centre de la capsule, mais le trajet ne dura que quelques secondes.
— Nous y voila. Minidock 27492, au cas ou vous auriez a nouveau besoin de vous y rendre. Intra-niveau S- 10-droit. Au revoir.
La porte de la capsule se deroula a nouveau. Horza lanca un salut de la tete au drone et sortit de l’engin pour se retrouver dans une galerie aux parois rectilignes et transparentes. La porte se ferma et la machine disparut. Il crut la sentir passer devant lui en un eclair, mais a une vitesse telle qu’il n’aurait pu en jurer. De toute facon, sa vision demeurait floue.
Il tourna la tete vers la droite. Au-dela des parois de la galerie, le regard plongeait dans une atmosphere limpide. Sur des kilometres de profondeur. On distinguait tout en haut une sorte de plafond, avec quelques traces d’echarpes nuageuses. Quelques minuscules appareils se deplacaient ca et la. A hauteur de ses yeux, et suffisamment loin pour que le panorama lui parut vaste et legerement brumeux, se trouvaient une infinite de hangars superposes – hangars, docks, quais, quel que fut le nom qu’on leur donnait ils emplissaient son champ de vision sur une surface de plusieurs kilometres carres ; l’echelle de l’ensemble lui donna le vertige. Il sentit son cerveau marquer une espece de temps d’arret et dut cligner des yeux en se secouant ; mais le spectacle ne disparut pas pour autant.
Les appareils se mouvaient de-ci, de-la, des lumieres s’allumaient ou s’eteignaient, une couche nuageuse situee plus bas rendait la perspective encore plus brumeuse ; tout a coup, quelque chose passa a vive allure le long de la galerie ou se tenait Horza. Un vaisseau, qui mesurait bien trois cents metres de long. L’appareil se maintint quelques instants a niveau, puis plongea et vira a gauche au loin en decrivant une courbe gracieuse pour s’enfoncer enfin dans un autre couloir, vaste et brillamment eclaire, qui semblait croiser a angle droit celui que contemplait Horza.
Dans la direction opposee, c’est-a-dire celle d’ou etait venu le vaisseau, se dressait un mur apparemment uniforme. Horza l’inspecta plus soigneusement et se frotta les yeux : le mur arborait en fait un reseau de points lumineux disposes dans un certain ordre. Des milliers et des milliers de fenetres, de lampes et de balcons. Des aeros plus petits en sillonnaient la surface, et d’infimes points signalant des capsules de transtube allaient et venaient verticalement.
Horza ne pouvait en voir davantage. Il se tourna vers la gauche et apercut un court plan incline passant sous le tube de la capsule. Il s’y engagea en trebuchant et penetra dans l’espace confortablement restreint d’un Minidock qui mesurait seulement deux cents metres de long.
Horza eut envie de pleurer. Le vieux navire reposait sur ses trois pieds courtauds au beau milieu de la plate-forme, tout entoure de pieces detachees eparses. Il n’y avait personne d’autre en vue, rien que du materiel. La
La soute repandait une odeur familiere, bien qu’elle parut etrangement spacieuse sans la navette qu’elle abritait d’ordinaire. La non plus il n’y avait personne. Il prit l’escalier montant vers le secteur habitation, puis emprunta le couloir du mess en se demandant qui avait survecu, qui avait peri, et quels changements s’etaient produits, en admettant qu’il y ait eu des changements. Trois jours seulement s’etaient ecoules, mais il avait l’impression d’etre parti depuis des annees. Il avait presque atteint la cabine de Yalson lorsque la porte s’ouvrit a
