la volee.

La tete blonde de Yalson apparut, et une expression de surprise teintee de joie commenca a se peindre sur ses traits.

— Ho… ! fit-elle.

Puis elle s’interrompit, le contempla en froncant les sourcils, secoua la tete en marmottant quelques mots, puis rentra la tete dans sa cabine.

Horza s’etait fige sur place. Il se rejouit de la savoir en vie, et se rendit simultanement compte de son erreur : il n’avait pas marche comme Kraiklyn. Il s’etait laisse aller a sa demarche naturelle, et Yalson l’avait reconnue. Une main fit son apparition sur le montant de la porte ; la jeune femme enfilait une tunique legere. Puis elle sortit et vint se planter au milieu du couloir, observant les mains sur les hanches celui qu’elle prenait pour Kraiklyn. Son visage mince et dur exprimait le souci, mais par-dessus tout la prudence. Horza cacha derriere son dos la main a laquelle il manquait un doigt.

— Mais qu’est-ce qui t’est arrive, bon sang ? demanda-t-elle.

— Je me suis battu. Pourquoi, de quoi j’ai l’air ?

La voix etait reussie. Ils resterent la a se devisager.

— Si tu as besoin d’aide…, commenca-t-elle.

Mais Horza secoua la tete.

— Je peux me debrouiller.

Yalson opina, un demi-sourire aux levres, tout en le detaillant de la tete aux pieds.

— C’est ca. Eh bien, debrouille-toi, alors. (Elle pointa un pouce par-dessus son epaule, indiquant le refectoire.) Ta nouvelle recrue vient juste d’apporter ses affaires a bord. Elle t’attend au mess, mais si tu te montres dans cet etat, il se pourrait qu’elle change d’avis.

Horza acquiesca. Yalson haussa les epaules, puis tourna les talons et remonta le couloir avant de traverser le mess en direction de la passerelle. Horza la suivit.

— Notre glorieux commandant de bord, annonca-t-elle en passant dans la salle.

Horza hesita devant la porte de la cabine de Kraiklyn, puis poursuivit son chemin afin d’aller passer la tete par la porte du mess.

Une femme etait assise a l’autre extremite de la grande table, ses jambes croisees reposant sur une chaise en face d’elle. Au-dessus de sa tete, l’ecran etait allume, comme si elle venait a peine d’en detacher son regard. Il affichait une vue d’un Megavaisseau tout entier souleve hors de l’eau par des centaines de petits remorqueurs aeriens rassembles sous son ventre et le long de ses flancs. On reconnaissait aisement en eux d’antiques engins de la Culture. Mais la femme s’etait detournee de ce spectacle et regardait dans la direction de Horza lorsque celui-ci vint jeter un coup d’?il dans le mess.

Elle etait mince, grande, pale. Manifestement en pleine forme physique, elle commencait a peine a montrer de la surprise lorsque ses yeux noirs se poserent sur le visage qui venait d’apparaitre a la porte. Elle portait une combinaison legere dont le casque gisait sur la table devant elle. Un bandana rouge etait noue autour de sa tete, sous la racine de ses cheveux roux coupes court.

— Ah, commandant Kraiklyn ! fit-elle en reposant les pieds par terre avant de se pencher en avant, le visage empreint d’un melange de stupefaction et de pitie. Qu’est-ce qui vous est arrive ?

Horza voulut parler, mais tout a coup sa gorge etait seche. Il n’en croyait pas ses yeux. Ses levres remuerent, et il les humecta d’un coup de langue, qui elle aussi lui parut seche. La femme fit mine de se lever de table, mais d’un geste de la main il lui intima l’ordre de rester ou elle etait. Alors elle se rassit lentement, et il reussit a articuler :

— Tout va bien. A plus tard. Vous… vous restez la pour le moment.

Puis il se detacha du chambranle et revint d’un pas mal assure vers la cabine de Kraiklyn. Sa bague s’ajusta dans l’orifice de la porte, qui s’ouvrit toute grande. Le Metamorphe faillit s’ecrouler dans la piece.

Dans un etat proche de la transe, il referma la porte et resta un instant immobile, les yeux rives a la cloison qui lui faisait face ; puis, lentement, il s’assit par terre.

Il avait conscience d’etre encore un peu sonne, il savait que sa vision restait floue, qu’il n’entendait toujours pas tres bien. Il se rendait bien compte que la chose etait vraiment peu probable, et que s’il ne se trompait pas, les evenements prenaient decidement une bien mauvaise tournure pour lui.

Mais il etait sur, absolument sur de son fait. La meme certitude qu’il avait eprouvee en voyant Kraiklyn monter la rampe inclinee menant a la table de Debacle, la-bas, dans l’arene.

Comme s’il n’avait pas subi assez de chocs pour la soiree, le spectacle de cette femme assise a la table du mess avait reussi a le rendre muet et a paralyser son esprit. Qu’allait-il faire maintenant ? Il se sentait incapable de reflechir. Le traumatisme continuait de resonner dans sa tete ; et l’image en restait obstinement imprimee sur sa retine.

La femme du mess etait Perosteck Balveda.

8. Finalites de l’Invention

C’est peut-etre un clone, songea Horza. Une coincidence. Il etait assis par terre dans la cabine de Kraiklyn – maintenant la sienne –, et regardait fixement les portes du placard mural, au fond de la piece. Il avait conscience de devoir agir, mais n’arrivait pas a savoir en quel sens. Son cerveau refusait d’encaisser davantage de coups et de chocs. Le Metamorphe avait besoin de se poser un moment pour reflechir.

Il essaya bien de se dire qu’il avait mal vu, que ce n’etait pas reellement elle, qu’il etait fatigue, desoriente, qu’il devenait paranoiaque et commencait a s’imaginer des choses. Mais il savait pertinemment que c’etait Balveda ; sous une forme suffisamment alteree pour que seul un ami intime, ou alors un Metamorphe, puisse la reconnaitre, mais c’etait assurement elle, bien vivante et probablement armee jusqu’aux dents…

Il se leva machinalement, le regard fixe. Puis il ota ses vetements mouilles et sortit de la cabine pour se diriger vers la salle d’eau, ou il les mit a secher avant de se laver minutieusement. De retour dans sa cabine, il trouva une tunique, qu’il enfila. Ensuite il entreprit d’inspecter la petite chambre tout encombree et finit par mettre la main sur un enregistreur vocal. Il rembobina la bande et se mit a ecouter.

— … euh…, y compris…, euh, Yalson. (La voix de Kraiklyn sortit du petit haut-parleur.) Qui a mon avis etait, euh… occupee avec euh…, Horza Gobuchul. Elle… se montre plutot brusque ces temps-ci et… je ne recois pas d’elle le soutien qu’elle…, que je devrais recevoir… Il faudra que je lui dise un mot si ca continue, mais euh…, pour le moment, avec les reparations et tout ca…, il ne me parait pas utile de… Ce n’est pas que je remette au lendemain, mais…, enfin, je me dis simplement qu’on verra bien comment elle se comporte apres l’explosion de l’Orbitale, une fois qu’on sera en route.

« Euh…, il y a aussi cette nouvelle…, Gravante… Pas mal. J’ai comme l’impression qu’elle a besoin de recevoir des ordres…, besoin d’autorite, de discipline… Je ne crois pas qu’elle puisse entrer…, euh…, en conflit avec les autres. C’est surtout Yalson qui…, euh…, qui m’inquietait, mais je ne pense pas que…, enfin, je crois que tout ira bien. Evidemment, avec les femmes, euh…, on ne peut jamais savoir mais…, elle me plait… Il me semble qu’elle a de la classe et peut-etre… Je ne sais pas… Peut-etre qu’elle ferait un bon second, si elle fait ses preuves.

« Il me faut vraiment davantage de membres. Euh…, ca ne s’est pas tres bien passe ces derniers temps, mais je crois que je me suis fait… enfin, qu’ils m’ont laisse tomber. Jandraligeli, de toute evidence… et puis je ne sais pas ; je vais voir s’il n’y a pas quelque chose a faire de ce cote-la parce que… il s’est quand meme comporte en…, enfin il m’a trahi, quoi. C’est comme ca que…, euh…, que les choses se sont passees, il me semble. N’importe qui s’en rendrait compte. Alors je vais peut-etre dire un mot a Ghalssel, une fois au jeu, en supposant qu’il y vienne… Je ne crois pas que ce type soit vraiment a la hauteur, et je vais le dire a Ghalssel parce qu’on est tous les deux…, dans la meme, euh…, partie, et je suis… Je sais qu’il en aura entendu parler… Enfin, il ecoutera ce que j’ai a dire, parce qu’il sait ce que c’est que les responsabilites de commandant autant que… enfin, euh…, autant que moi.

« Bref… Apres le jeu, je ferai un peu de recrutement, et une fois que le VSG aura decolle, il restera un peu de temps… On devra rester encore un peu dans ce dock ; je ferai passer le mot. Il y a forcement… un tas de gens

Вы читаете Une forme de guerre
Добавить отзыв
ВСЕ ОТЗЫВЫ О КНИГЕ В ИЗБРАННОЕ

0

Вы можете отметить интересные вам фрагменты текста, которые будут доступны по уникальной ссылке в адресной строке браузера.

Отметить Добавить цитату