elle s’engouffra par la porte et survola rapidement le squelette d’un astronef en reconstruction. Au passage, le degagement de ses moteurs declencha des incendies, roussit des chevelures, carbonisa des vetements et aveugla nombre d’yeux non proteges.

Horza vit du coin de l’?il Wubslin gisant inconscient sur le sol et roulant doucement sur lui-meme tandis que la TAC couvrait les cinq cents metres qui la separaient du fond du Superdock. Les portes donnant sur le dock voisin etaient ouvertes, ainsi que les suivantes, et ainsi de suite. Ils s’etaient engages dans un tunnel de deux kilometres de long qui surplombait les docks d’amarrage et de reparation occupes par un des anciens armateurs d’Evanauth. Horza ignorait ce qu’il trouverait au bout, mais vit qu’avant d’y arriver il serait oblige de survoler le dessus d’un gros astronef qui emplissait la quasi-totalite du dock suivant.

Le Metamorphe orienta vers l’avant l’echappement des moteurs a fusion afin de commencer a ralentir l’appareil. La man?uvre s’executa et deux traits de feu flamboyerent de chaque cote de l’ecran. Wubslin, dont le corps n’etait plus maintenu par rien, glissa vers l’avant sur le sol de la passerelle et resta coince, en partie sous le tableau de bord et en partie sous son propre siege. Horza releva le nez de la TAC tandis qu’approchait le museau ecrase du vaisseau spatial stationne au-dessous d’eux.

La Turbulence Atmospherique Claire fonca vers le plafond du Superdock, fila a toute allure entre celui-ci et la partie superieure de l’astronef, puis redescendit de l’autre cote et, tout en continuant de perdre de la vitesse, traversa rapidement un dernier Superdock pour se retrouver dans un nouveau corridor degage. Mais il etait trop etroit. Horza plongea a nouveau, vit approcher le sol et actionna les lasers. La TAC entra dans un nuage en expansion de debris incandescents et fut a nouveau agitee de fremissements et de soubresauts ; la silhouette trapue de Wubslin reapparut et s’envola vers la porte du fond de la passerelle.

Horza crut tout d’abord qu’ils etaient enfin parvenus a l’exterieur, mais non. Ils se trouvaient en fait dans un de ces endroits que la Culture appelait Docks Generaux.

La TAC piqua encore une fois du nez, puis se redressa. Elle evoluait a present dans un espace qui semblait plus vaste que le centre meme du VSG : le dock du Megavaisseau, celui que Horza avait vu tirer des eaux par une centaine d’antiques remorqueurs verticaux de la Culture.

Le Metamorphe eut le temps de regarder autour de lui. Le temps, l’espace, ce n’etait pas ce qui manquait. Le Megavaisseau loge dans le dock geant evoquait irresistiblement une petite ville posee sur une grande plaque de metal. La Turbulence Atmospherique Claire en depassa la poupe, survola des tunnels occupes par des lames de propulseurs mesurant bien dix metres de large, contourna la premiere plate-forme arriere, ou des embarcations de plaisance attendaient en cale seche qu’on les remette a l’eau, fila au-dessus des tours et des spires de sa superstructure, puis s’engagea au-dessus des proues. Horza reporta son regard vers l’avant. Les portes du Dock General, si c’etaient bien des portes, se profilaient a quelque deux kilometres de la. Elles mesuraient bien deux kilometres de haut sur le double de large. Horza se contenta de hausser les epaules ; on finissait par se sentir blase devant ce genre de chose. On verra bien, se dit-il.

Les lasers forerent un trou dans le mur de matiere, une ouverture qui s’elargit, lentement et vers laquelle Horza fonca tout droit. Un tourbillon d’air s’amorca autour du trou ; la TAC se trouva bientot prise dans un petit cyclone horizontal et se mit a virevolter sur elle-meme. Puis elle passa de l’autre cote et se retrouva dans l’espace.

Entoure d’une bulle d’air et de cristaux de glace qui ne tarderent pas a se disperser, l’appareil surgit du Vehicule Systeme General et se precipita enfin dans le vide et les tenebres parsemees d’etoiles. Derriere lui, un champ de force referma d’un coup la breche qu’il avait pratiquee dans les portes du Dock General. Horza sentit cafouiller les moteurs a plasma, brusquement coupes de leur source d’air exterieure ; puis les reservoirs internes prirent le relais. Il allait les couper et entamer en douceur la procedure d’amorcage des moteurs a gauchissement lorsque les haut-parleurs de son appuie-tete se mirent a crepiter.

— Police portuaire d’Evanauth. Et maintenant, bande de salauds, on continue tout droit et on commence tout de suite a ralentir ! Police portuaire d’Evanauth a vaisseau en infraction : maintenez ce cap et…

Horza tira sur les manettes ; lancee en pleine acceleration, la TAC se mit a decrire un immense arc au-dessus de la poupe du VSG. Puis elle survola en un eclair le carre d’un kilometre de cote representant la sortie qu’elle aurait du emprunter. Wubslin s’etait mis a gemir ; au moment ou l’appareil relevait le nez pour foncer droit devant, vers le labyrinthe de docks et de portiques abandonnes qui constituait le port d’Evanauth, il rebondit plusieurs fois sur la paroi de la cabine. Tout en suivant sa trajectoire, la TAC pivotait legerement sur elle-meme toujours sous l’effet de la rotation que lui avait imprimee le tourbillon d’air a la sortie du Dock General. Horza la laissa faire ; il ne la stabilisa a nouveau qu’en arrivant au sommet de l’anneau de l’Orbitale, alors que la zone portuaire approchait a toute allure puis glissait sous l’appareil tandis que ce dernier se redressait.

— Police portuaire a vaisseau en infraction ! Dernier avertissement ! tonnerent les haut-parleurs. Arretez- vous immediatement ou nous vous reduisons en miettes. Bon sang, mais il se dirige vers…

La transmission s’interrompit. Horza sourit tout seul. En effet, il se dirigeait bien vers l’espace separant la face inferieure du port de la partie superieure du VSG. La Turbulence Atmospherique Claire naviguait entre des jonctions de transtube, des cages d’ascenseur, des portiques de bassin de radoub, des zones de transit, des navettes sur le point d’accoster, des grues de chargement… Horza la guida a travers ce dedale en laissant les moteurs a fusion tourner a pleine puissance, et introduisit le petit appareil dans les quelques centaines de metres d’espace encombre qui separaient l’Orbitale du Vehicule Systeme General. Le radar arriere detecta des echos lances a leur poursuite et les signala par un ping !

Les deux grues – suspendues tete en bas sous l’Orbitale tels deux gratte-ciel inverses – entre lesquelles Horza comptait se faufiler furent subitement inondees de lumiere et des debris s’envolerent en tous sens. Horza se recroquevilla dans son siege et adopta une trajectoire en vrille entre les deux nuages de decombres.

— Ces deux-la, t’es passe entre, reprit la voix crepitante du haut-parleur. Mais les prochaines, tu les prendras en plein dans le cul, champion !

La TAC deboucha au-dessus d’une plaine uniforme grise, peuplee d’engins disposes a l’oblique annoncant la proximite de l’avant du VSG. Horza retourna son appareil et partit en pique, suivant la courbure de la proue du vaisseau geant. Le signal radar arriere se tut quelques instants puis revint.

Horza retourna encore une fois la TAC. Les bras et les jambes de Wubslin ondoyerent faiblement, puis l’ingenieur chut lourdement contre le plafond de la passerelle et resta colle la comme une mouche, tandis que Horza executait un autre looping pour se remettre dans le bon sens.

Le navire s’eloignait a toute vitesse de la zone portuaire de l’Orbitale ainsi que du colossal VSG, et filait vers l’espace. Horza se souvint brusquement des affaires de Balveda et se hata de trouver sur le tableau de bord le bouton declenchant les circuits vactubes. Un cadran indiqua qu’ils avaient tous acheve leur cycle. Il vit sur l’ecran arriere quelque chose s’enflammer entre les deux geysers de feu-plasma. Le radar se mit a biper avec insistance.

— Bon vent, cretin ! fit la voix dans les haut-parleurs.

Horza fit faire un brusque ecart au vaisseau. L’ecran arriere devint tout blanc, puis tout noir. Quant a l’ecran principal, il n’affichait plus que par intermittence une serie de couleurs et de lignes brisees. Le haut-parleur du casque de Horza ainsi que ceux incrustes dans son siege se mirent a hurler. Tous les instruments de bord clignotaient ou affichaient une image incertaine.

Horza crut une seconde qu’ils avaient ete touches, mais les moteurs rugissaient de plus belle, l’ecran principal revenait peu a peu a la normale, et les autres cadrans commencaient egalement a recuperer. Neanmoins, l’ecran arriere demeurait vide. Un moniteur d’avaries indiquait que les capteurs avaient ete aneantis par une tres forte dose de radiations.

Horza crut deviner ce qui s’etait passe en constatant que le radar ne se remettait pas a biper apres le choc. Il rejeta la tete en arriere et eclata de rire.

Il y avait bien eu une bombe dans le fourre-tout de Balveda. Avait-elle explose parce qu’elle s’etait trouvee prise dans le degagement de plasma, ou parce que quelqu’un – l’individu qui s’etait tout d’abord efforce de bloquer le vaisseau a bord du VSG – l’avait amorcee a distance des que la TAC s’etait suffisamment eloignee de ce dernier pour ne pas lui causer de degats ? Horza l’ignorait. Quoi qu’il en fut, l’explosion avait manifestement touche les vehicules de police qui le poursuivaient.

En proie a un fou rire homerique, Horza vira pour s’eloigner encore davantage du vaste anneau que formait

Вы читаете Une forme de guerre
Добавить отзыв
ВСЕ ОТЗЫВЫ О КНИГЕ В ИЗБРАННОЕ

0

Вы можете отметить интересные вам фрагменты текста, которые будут доступны по уникальной ссылке в адресной строке браузера.

Отметить Добавить цитату