chercher une chose que les deux belligerants desirent assez ardemment pour… Enfin, si les Idirans engagent une bande de mercenaires de seconde zone a moitie decimee, c’est qu’ils doivent etre drolement desesperes… Quant a la Culture, si c’est vraiment elle qui a voulu nous empecher de quitter le dock, elle doit avoir sacrement la trouille pour risquer de transgresser la neutralite du Finalites et quelques-unes de ses precieuses conventions de guerre.

« Tu crois peut-etre maitriser la situation, et tu penses sans doute que le jeu en vaut la chandelle, mais moi non, et je n’aime pas non plus l’idee d’etre ainsi laissee dans le noir complet. Regardons un peu les choses en face : ces derniers temps, tu n’as essuye que des echecs. Alors risque ta vie si ca te chante, mais tu n’as pas le droit de mettre la notre en danger par-dessus le marche. Plus maintenant. Peut-etre qu’on n’a pas tous envie de se ranger du cote des Idirans ! Mais meme si on les preferait a la Culture, aucun d’entre nous n’a signe pour se retrouver en premiere ligne ! Enfin merde, Kraiklyn… On n’est ni… equipes ni entraines pour se mesurer a ces gens-la.

— Je sais tout cela, repondit Horza. Mais normalement, on ne devrait pas rencontrer de forces armees. La Barriere de Serenite qui entoure le Monde de Schar s’etend tellement loin dans l’espace qu’il est impossible de la voir tout entiere. Nous nous dirigeons vers elle selon une trajectoire choisie au hasard, et quand ils nous repereront, ils ne pourront pas intervenir, quel que soit le vaisseau dont ils disposent. Meme une Flotte de Guerre Classe Un ne pourrait nous barrer la route. Et ce sera la meme chose au retour.

— Ce que tu essaies de nous dire, commenta Yalson en se renfoncant dans son siege, c’est que, comme d’habitude, « on debarque et on rembarque sans probleme ».

— Peut-etre bien, repondit Horza en riant.

— Dites donc, coupa subitement Wubslin en consultant le terminal qu’il venait de sortir de sa poche. Il est presque l’heure !

Il se leva precipitamment et disparut par la porte de la passerelle. Quelques secondes plus tard, l’ecran du mess changea d’aspect : l’image tournoya, puis montra Vavatch. L’immense Orbitale etait suspendue dans l’espace, a la fois tenebreuse et tout illuminee par endroits, a la fois diurne et nocturne, pleine de bleus, de blancs et de noirs. Tous les yeux se tournerent vers l’ecran.

Wubslin vint reprendre sa place. Horza se sentait las. Tout son corps reclamait le repos, beaucoup de repos. Il avait encore le cerveau tout bourdonnant sous l’effet de la concentration et de la quantite d’adrenaline qu’il lui avait fallu pour piloter la TAC a travers le VSG, mais il etait encore trop tot. Que faire maintenant ? Ou etait son interet ? Valait-il mieux reveler sa veritable identite, dire qu’il etait un Metamorphe et qu’il avait tue Kraiklyn ? Quel degre de loyaute eprouvaient-ils a l’egard d’un chef dont ils ignoraient encore la mort ? Yalson etait peut-etre la plus loyale de tous, mais se rejouirait certainement de le savoir en vie, lui… Et pourtant, c’etait elle qui avait declare que tous ne seraient sans doute pas du cote des Idirans… Jamais elle n’avait affiche de sympathie particuliere pour la Culture, au temps ou ils etaient proches, mais elle avait pu changer d’avis depuis.

Il avait meme la possibilite de se re-metamorphoser dans l’autre sens ; un assez long voyage les attendait, au cours duquel il ne lui serait probablement pas impossible – peut-etre avec l’aide de Wubslin – de modifier les codes d’acces de la TAC. Mais avait-il vraiment interet a ce que les autres le sachent ? Et puis il y avait Balveda ; qu’allait-il faire d’elle ? Il avait bien pense l’utiliser comme monnaie d’echange avec la Culture, mais ils semblaient desormais hors de danger, et leur prochaine escale serait le Monde de Schar, ou elle representerait au mieux un handicap, un poids mort. Non, mieux valait l’eliminer tout de suite. Mais, d’une part, ce serait sans doute assez mal vu par les membres de la Compagnie, surtout Yalson, et, d’autre part, meme s’il avait du mal a l’admettre, Horza pressentait qu’il lui serait personnellement tres penible de tuer l’agent de la Culture. Ils etaient ennemis, certes, et chacun des deux avait frole la mort de pres sans que l’autre fasse quoi que ce soit pour intervenir ; mais de la a la tuer de ses propres mains…

Mais peut-etre essayait-il seulement de s’en persuader. Peut-etre cela ne le generait-il pas outre mesure, au contraire. Cette espece de fausse camaraderie qu’on se temoignait entre gens du metier, meme quand on appartenait au camp adverse, n’etait peut-etre qu’une imposture, en fait. Il ouvrit la bouche pour demander a Yalson d’etourdir a nouveau l’agent de la Culture, mais Wubslin le prit de vitesse.

— C’est parti !

Sur ces mots, l’Orbitale de Vavatch commenca a se desintegrer.

L’image qu’en donnait l’ecran du mess etait une version hyperspatiale compensee de la realite ; aussi, meme s’ils etaient deja sortis du systeme de Vavatch, ils pouvaient assister a l’evenement pratiquement en temps reel. Exactement a l’heure prevue, le Vehicule Systeme General invisible, anonyme, et toujours extremement militarise qui croisait quelque part dans les parages du systeme de Vavatch, ouvrit le feu. C’etait presque certainement un VSG de classe Ocean, sans doute celui-la meme dont ils avaient capte le message quelques jours auparavant, sur l’ecran du refectoire, alors qu’ils se dirigeaient vers Vavatch, donc de taille bien inferieure au geant Finalites, lequel etait – conflit oblige – devenu obsolete. Un vaisseau de classe Ocean aurait aisement pu prendre place dans un seul Dock General du VSG mais tandis que ce dernier – qui devait actuellement se trouver a une heure de l’Orbitale – etait bourre de passagers, le vaisseau Ocean etait probablement bourre de cuirasses et armements divers.

L’Orbitale se trouva prise sous un bombardement serre. Horza vit l’ecran flamboyer integralement, puis les capteurs accommoderent et compenserent l’exces de brillance. Il s’etait attendu a ce que la Culture decoupe toute l’Orbitale a coups d’energie-reseau, puis crible les morceaux de rayons EAM, mais rien de tel n’arriva. Au lieu de cela, un unique faisceau lumineux d’un blanc aveuglant apparut sur toute la largeur de la face diurne de l’Orbitale, dessinant une lame fine et impitoyable porteuse de destruction silencieuse qui fut instantanement noyee dans le manteau nuageux, moins eclatant maintenant, mais toujours aussi blanc. Ce trait de lumiere faisait partie integrante du reseau proprement dit, ce tissu d’energie qui sous-tendait l’univers entier et le separait du regne un peu plus jeune et plus limite de l’antimatiere.

Comme les Idirans, la Culture savait a present maitriser en partie cette puissance redoutable, suffisamment du moins pour la mettre au service de l’annihilation. Sur l’Orbitale pointait a present un pinceau d’energie venu de nulle part et qui traversait de part en part l’univers tridimensionnel ; devant lui la Mer Circulaire entrait en ebullition, les deux mille kilometres de muraille transparente entraient en fusion, le fondement meme de l’Orbitale se volatilisait sur ses trente-cinq mille kilometres de largeur.

Vavatch, cet anneau de quatorze millions de kilometres, etait en train de se derouler. Telle une chaine aux maillons brises.

Il n’y avait plus rien pour maintenir sa cohesion ; la force engendree par sa propre rotation, source de son cycle jour-nuit et de sa gravite artificielle, allait la faire voler en eclats. A une vitesse avoisinant les cent trente kilometres seconde, Vavatch se precipitait dans les profondeurs de l’espace en se detendant comme un ressort brusquement libere.

Le trait de feu livide disparut et reapparut a plusieurs reprises, poursuivant methodiquement sa trajectoire circulaire autour de l’Orbitale pour revenir a son point d’impact initial, divisant proprement l’ensemble en carres de trente-cinq mille kilometres de cote, chacun contenant une tranche composee de trillions et de trillions de tonnes de materiau de base ultradense, d’eau, de terre et d’air.

Vavatch virait au blanc. Le quadrillage provoqua tout d’abord l’apparition d’une bordure nuageuse due a l’evaporation de l’eau, puis l’air qui s’echappait de chaque carre comme l’epais fumet qui s’eleve d’un plat pose sur une table transforma la vapeur d’eau en glace. L’ocean lui-meme, qui n’etait plus maintenu en place par la force de la rotation, commencait a se deplacer, a se deverser avec une lenteur infinie par-dessus le bord des plaques de materiau fragmente, puis se muait en glace a son tour et s’envolait dans l’espace en tournoyant sur lui- meme.

Le pinceau de lumiere resplendissant et precis poursuivait sa progression, revenant en sens inverse de la rotation, tranchant sans bavure des sections incurvees d’Orbitale qui continuaient de tourner sur elles-memes, en emettant des eclairs soudains, mortels, une lumiere dont la source se situait en dehors de la substance normale de la realite.

Horza se souvint du nom que Jandraligeli avait donne au phenomene le jour ou Lenipobra avait evoque avec tant d’enthousiasme la destruction de l’Orbitale.

« L’arme de la fin du monde », avait-il declare. Contemplant l’ecran, Horza crut comprendre ce qu’avait voulu dire le mondlidicien.

Tout etait en train de disparaitre a jamais. Tout. L’epave de l’Olmedreca, l’iceberg

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