l’Orbitale brillamment eclairee, foncant droit vers les etoiles et preparant les gauchisseurs a prendre le relais des moteurs a plasma. Une jambe prisonniere de l’accoudoir de son siege, Wubslin, qui etait enfin retombe du plafond, poussa un faible gemissement.
— Maman, disait-il. Maman, dis-moi que ce n’est qu’un reve…
Horza pouffa de plus belle.
— Espece de cingle ! souffla Yalson en secouant la tete, les yeux ecarquilles. Je ne t’ai jamais rien vu faire d’aussi dement. Tu es completement fou, Kraiklyn. Moi, je m’en vais. Tu as ma demission, valable a partir de maintenant… Merde ! Je regrette de ne pas etre partie chez Ghalssel avec Jandraligeli… Tu peux me debarquer a la premiere escale.
Horza se laissa tomber lourdement sur la chaise tronant en bout de table. Yalson, elle, etait tout au fond du mess, sous l’ecran qui retransmettait les images du moniteur principal de la passerelle. La
Dorolow et Aviger avaient pris place a cote de Yalson ; manifestement, ils etaient encore tres secoues. La bouche ouverte, les yeux vitreux, tous deux regardaient Horza comme si celui-ci les tenait sous la menace d’une arme. De l’autre cote de Yalson se trouvait Perosteck Balveda ; inerte, le menton reposant sur la poitrine, elle etait maintenue en position assise par les sangles de securite de son siege.
Il regnait dans le mess un fouillis inextricable. La
Hormis de brefs sejours aux toilettes, Horza n’avait laisse bouger personne depuis deux heures. Il avait ordonne aux membres de la Compagnie de rester ou ils etaient, par le circuit de communication general, tandis que la
Il avait laisse sur la passerelle un Wubslin qui s’affairait maintenant a bichonner de son mieux les circuits maltraites de la
— Je crains fort, dit Horza a Yalson une fois qu’il se fut assis et qu’il eut pose les pieds sur la table, que notre premiere escale soit peu attrayante et plutot sous-peuplee. Je ne suis pas sur que tu aies vraiment interet a t’y faire debarquer.
Yalson posa sur la table le lourd etourdisseur.
— Et on peut savoir ou on va ? Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, Kraiklyn ? Qu’est-ce que c’etait que ce delire dans le VSG ? Et elle, qu’est-ce qu’elle fait la ? Qu’est-ce que la Culture a a voir la-dedans ? fit-elle en indiquant Balveda d’un mouvement de tete.
Lorsque Yalson se tut dans l’attente d’une reponse, Horza continua a fixer la representante inconsciente de la Culture. Aviger et Dorolow rivaient sur lui le meme regard interrogateur.
Mais il n’eut pas le temps de repondre : le petit drone debouchait du couloir de la section habitation ; il entra dans le mess en flottant dans les airs, examina la salle, puis se posa sur la table centrale.
— J’ai cru comprendre que c’etait l’heure des explications. Je me trompe ? fit-il en se tournant carrement vers Horza.
Horza detacha son regard de Balveda pour le reporter sur Aviger et Dorolow, puis sur Yalson, et enfin sur le drone.
— Bon, autant que vous sachiez la verite, tous tant que vous etes : nous nous dirigeons vers un endroit appele Monde de Schar. C’est une des Planetes des Morts.
Yalson eut l’air interloque. Aviger declara :
— J’ai entendu parler des ces planetes-la. Mais on ne nous laissera pas aborder.
— C’est de pis en pis ! constata le drone. A votre place, commandant Kraiklyn, je regagnerais le VSG
Horza fit la sourde oreille. Il soupira, fit des yeux le tour de la piece, etira ses jambes et bailla.
— Je suis desole que vous soyez tous embarques, de gre ou de force, dans cette expedition, mais il faut que j’aille la-bas, et je ne peux pas me permettre de m’arreter en route pour vous laisser descendre. Vous etes donc bien obliges de suivre.
— Ah bon, c’est comme ca ? fit le petit drone.
— Eh oui, repondit Horza en le regardant, c’est comme ca.
— Mais enfin, puisque je te dis qu’ils ne nous laisseront pas approcher ! Ils ne veulent personne la-bas. Il y a une espece de no man’s land autour de ces planetes.
— On verra bien quand on y sera, repliqua Horza en souriant.
— Tu n’as pas repondu a mes questions, reprit Yalson. (Elle regarda de nouveau Balveda, puis l’arme posee sur la table.) J’assomme cette pauvre fille chaque fois qu’elle menace d’ouvrir une paupiere, et maintenant, j’aimerais bien savoir pourquoi.
— Il me faudrait des heures pour tout vous expliquer, mais, en bref, disons qu’il y a sur le Monde de Schar quelque chose dont les idirans et la Culture veulent tous les deux s’emparer. J’ai… un contrat, une mission dont m’ont charge les Idirans, et qui consiste a aller recuperer cette chose.
— Vous etes un authentique paranoiaque ! fit le drone d’un ton incredule. (Il s’eleva au-dessus de la table et pivota pour prendre les autres a temoin.) Cet homme est completement fou !
— Les Idirans nous auraient embauches
La voix de Yalson exprimait une incredulite totale. Horza la regarda et sourit.
— Tu veux dire que cette femme, dit Dorolow en designant Balveda, a ete envoyee par la Culture pour se joindre a nous, nous infiltrer… Tu parles serieusement ?
— Tout a fait. Balveda etait a ma recherche. Elle en avait aussi apres Horza Gobuchul. Elle voulait aller grace a nous jusqu’au Monde de Schar, ou alors nous empecher d’y arriver. (Horza se tourna vers Aviger.) A propos, il y avait bien une bombe dans ses affaires ; elle a explose juste apres que je l’ai expulsee des tubes, et elle a fait sauter les vaisseaux de la police. Nous avons tous ete irradies, mais rien de mortel.
— Et Horza dans tout ca ? reprit Yalson en le regardant d’un air mauvais. C’etait juste une entourloupette, ton histoire, ou bien l’as-tu reellement rencontre ?
— Il est vivant, Yalson ; et pas plus en danger que n’importe lequel d’entre nous.
Wubslin apparut dans l’encadrement de la porte de la passerelle ; son air penaud ne l’avait pas quitte. Il salua Horza d’un signe de tete et s’assit non loin de lui.
— Tout se presente bien, Kraiklyn.
— Parfait, repondit Horza. J’etais justement en train d’expliquer a tout le monde que nous nous dirigions vers le Monde de Schar.
— Ah, oui, fit l’ingenieur, qui regarda les autres en haussant les epaules.
— Kraiklyn, reprit Yalson en se penchant sur la table et en le regardant intensement. Tu as failli nous tuer tous je ne sais combien de fois, bon sang ! Et tu as sans doute tue plus d’une personne, avec tes… acrobaties en chambre. Tu nous colles aux fesses un agent de la Culture, tu nous kidnappes pour nous emmener sur une planete situee en pleine zone de combats et ou personne n’a jamais ete autorise a atterrir, et tout ca pour
