en tomber sur le cul. Elle l’entendit glousser. « Tu t’y feras, ma puce… La, bouge plus, que je puisse controler les zites sur tes levres. »
Il panoramiqua vers sa bouche et la cadra sous toutes les coutures tandis qu’elle plissait et pincait les levres. Elle etait heureuse d’avoir ete completement dans les vapes pendant qu’on lui implantait les nanosites : il y en avait des milliers.
« Mais c’est qu’on s’est trouve une veritable
Tout d’un coup, une blonde aux yeux bleus se tenait sur le mur-ecran, singeant a la perfection la posture de Miranda ; longs cheveux, chandail blanc orne d’un grand F au milieu et minijupe ridiculement courte. Elle tenait dans les mains deux especes de gros trucs de fourrure colores. Miranda la reconnut pour l’avoir deja vue dans de vieux passifs diffuses au mediatron : c’etait une adolescente americaine du siecle dernier. « Voici Spirit. Entre nous, un brin demodee, mais populaire chez les diffuseurs de tubes, expliqua Fred Epiderme. ‘Videmment, c’est du gachis d’appliquer ta trame a un truc pareil, mais, hein, nous, on fourgue aux clients ce qu’y reclament ! – faut repondre a la demande, tu piges… »
Mais Miranda n’ecoutait plus vraiment ; pour la premiere fois de sa vie, elle regardait une autre personne singer exactement tous ses gestes, alors que la scene plaquait la trame de Miranda sur ce corps imaginaire. Miranda pinca les levres comme si elle venait de se mettre du rouge et Spirit fit de meme. Elle cligna de l’?il, et Spirit cligna de l’?il. Elle toucha son nez, et Spirit se flanqua ses pom-poms sur la figure.
« On va te faire passer une scene », dit Fred Epiderme.
Spirit s’evanouit et fut remplacee par un formulaire electronique avec des reserves blanches pour y inscrire des noms, des chiffres, des dates et autres donnees. Fred le sauta avant que Miranda ait vraiment eu le temps de le lire ; ils n’avaient pas besoin de contrat pour un bout d’essai.
Puis Spirit reapparut, vue cette fois depuis deux angles de cadrage differents. Le mediatron s’etait divise en plusieurs fenetres. L’une montrait un plan sur le visage de Spirit, qui singeait toujours les mimiques de Miranda. Une autre presentait deux images de Spirit avec un homme age, dans une piece remplie de grosses machines. Une troisieme affichait un gros plan sur le vieux qui, decouvrit Miranda, etait joue par Fred Epiderme. Le vieux dit : « Parfait. Garde a l’esprit qu’on joue cette scene en general sur un plateau a tete, donc tu n’as pas a t’occuper de controler les bras et les jambes de Spirit, juste son visage…
— Comment fais-je pour me deplacer ? » Les levres de Spirit bougerent en synchronisme avec les siennes, tandis que la voix de la star sortait du mediatron – a la fois aigue et haletante. Le plateau-cabine etait programme pour exploiter les signaux des nanophones places dans sa gorge et les incruster dans une enveloppe differente.
« Pas besoin. L’ordinateur decide ou et quand tu dois bouger. C’est notre vilain petit secret : il ne s’agit pas vraiment d’un ractif, mais d’une simple arborescence narrative – c’est bien suffisant pour notre clientele, vu que toutes les feuilles de l’arbre – l’extremite des branches, si tu preferes – sont strictement identiques : en gros, ils en ont pour leur argent, tu piges ? Enfin, tu verras bien… » dit a l’ecran le vieillard qui dechiffrait la confusion de Miranda sur les traits de Spirit. Ce qui evoquait un scepticisme mefiant chez Miranda se transformait en innocence evaporee chez Spirit.
« Ta replique ! Suis les putains de repliques ! T’es pas dans un atelier d’impro ! » s’ecria le vieux.
Miranda verifia sur les autres fenetres de l’image. Sur l’une, elle reconnut un plan de la piece, montrant sa position et celle de son partenaire, avec de petites fleches lumineuses pour indiquer la direction du mouvement. L’autre etait un
« Oh ! bonjour, monsieur Willie ! anonna-t-elle. Je sais bien que l’ecole est finie et que vous devez etre bien fatigue apres une longue journee d’enseignement a l’atelier, avec tous ces mechants garcons, mais je me demandais si je ne pourrais pas vous demander un grand, grand service…
— Mais certainement, mon petit, dites, tout ce que vous voudrez », recita Fred Epiderme, par le truchement du corps et du visage de M. Willie, sans meme chercher a y mettre de l’emotion.
« Eh bien, il se trouve qu’il y a un appareil auquel je tiens beaucoup, et j’ai l’impression qu’il est casse. Et je me demandais si vous sauriez le reparer… je l’ai ici… », dit Miranda. Et sur le mediatron, Spirit repeta la meme chose. Mais la main de Spirit s’etait deplacee. Elle avait approche un objet de son visage. Un truc allonge en plastique, blanc et luisant. Un vibromasseur.
« Ma foi, dit M. Willie, il est scientifiquement etabli que tous les appareils electriques fonctionnent suivant les memes principes, donc, en theorie, je devrais etre en mesure de vous aider. Mais je dois avouer que je n’ai encore jamais rien vu de tel. Auriez-vous l’obligeance de m’expliquer quel est cet ustensile et de me montrer a quoi il sert ?
— Je serais ravie de vous en faire la demonstr… » commenca Miranda mais l’image se figea et Fred Epiderme la coupa en lancant, a travers la porte. « Bon, ca suffit. Je voulais juste verifier que tu savais lire. »
Il ouvrit la porte du plateau et dit : « T’es engagee. Cabine 238. Ma commission est de quatre-vingts pour cent. Le dortoir est au-dessus – tu te choisis une couchette et tu fais ton lit. T’as pas les moyens de loger ailleurs. »
Quand il revint a la maison, Harv marchait en faisant porter tout son poids sur un seul pied. Lorsque la lumiere vint eclairer les marques sur son visage, Nell apercut les eraflures rouges melees de crasse et de toner. Il avait le souffle court, deglutissait souvent et avec difficulte, comme s’il envisageait serieusement de vomir. Mais il n’avait pas les mains vides. Il tenait les bras croises, serres, devant son ventre. Il tenait des trucs planques sous sa veste.
« J’ai reussi, Nell ! » Il avait vu le visage de sa petite s?ur et compris qu’elle etait trop terrifiee pour parler la premiere. « J’ai pas ramasse grand-chose, mais c’est un debut. J’ai trouve des trucs pour le Cirque a Puces. »
Nell n’etait pas trop sure de savoir ce qu’etait le Cirque a Puces, mais elle avait appris que ca valait toujours le coup d’avoir des trucs a leur fourguer, d’ailleurs son frere en revenait d’habitude avec des bonbons ou le code d’acces d’un nouveau ractif.
D’un coup d’epaule, Harv alluma la lumiere, puis il alla s’agenouiller au milieu de la piece avant de decrisper les bras, de peur de laisser echapper quelque menu objet qui aurait pu aller se perdre dans un angle. Nell s’assit en face de lui et regarda.
Il sortit un bijou qui oscillait pesamment au bout d’une chaine en or. Il etait circulaire, lisse et dore d’un cote, blanc de l’autre. La face blanche etait protegee par un dome de verre aplati. Elle portait des chiffres inscrits tout autour, et l’on voyait deux minces tiges metalliques, comme de minuscules poignards, de longueur inegale, fixees par leur garde au milieu du cercle. L’objet emettait un bruit de souris cherchant a grignoter un mur pour s’echapper au milieu de la nuit.
Avant qu’elle ait pu l’interroger, il avait sorti le reste de son butin : plusieurs cartouches de son piege a mites. Demain, il les apporterait au Cirque a Puces, voir s’il avait pris des trucs interessants, et si ca valait quelque chose.
Il y avait d’autres objets rappelant des boutons. Mais Harv avait garde le plus gros pour la fin, et il le sortit avec ceremonie.
« Ca, j’ai du me battre pour l’avoir, Nell. J’ai du batailler dur, parce que j’avais peur que les autres le demontent pour recuperer les pieces. Je te l’offre. »
C’etait une boite aplatie et decoree. Au premier coup d’?il, Nell la trouva tres jolie. Elle n’avait pas vu des masses de jolies choses dans son existence, mais toutes avaient un aspect specifique, un cote chaud et somptueux, comme du chocolat, avec des reflets d’or.
« A deux mains, la prevint Harv. C’est lourd. »
Nell tendit les deux mains et le prit. Harv avait raison, l’objet etait plus lourd qu’il en avait l’air. Elle dut le poser tout de suite sur ses genoux pour ne pas le laisser echapper. Ce n’etait pas du tout une boite : il etait plein. Il y avait des lettres dorees imprimees dessus. Le bord gauche etait lisse et arrondi, fait d’une matiere a la fois
