chaude et douce mais resistante au toucher. Les autres bords etaient en leger creux, et de couleur creme.

Harv avait du mal a attendre. « Ouvre-le !

— Comment ? »

Harv se pencha vers elle et saisit entre deux doigts l’angle superieur droit de l’objet qu’il rabattit. L’ensemble du couvercle se releva en pivotant autour d’une charniere sur le flanc gauche, entrainant avec lui une envolee de feuilles beige.

Sous la couverture, il y avait un bout de papier portant une illustration ainsi que d’autres lettres.

La premiere page du livre representait une petite fille assise sur un banc. Au-dessus du banc, il y avait quelque chose comme une echelle, excepte qu’elle etait horizontale et supportee a chaque extremite par des piliers. Une plante grimpante enroulait sa tige epaisse autour des piliers et s’accrochait a l’echelle ou ses fleurs s’epanouissaient en immenses corolles. La petite fille tournait le dos a Nell ; elle contemplait une prairie semee de petites fleurs qui descendait vers un etang tout bleu. Sur la rive opposee, on voyait s’elever des montagnes comme celles qui, parait-il, existaient au milieu de New Chusan, la ou les plus riches des Vickys avaient leurs residences d’ete. La petite fille tenait un livre ouvert sur les genoux.

La page d’en face portait une petite image en haut a gauche : d’autres vignes fleuries enlacant une lettre en forme d’?uf geant. Mais le reste de la feuille etait uniquement rempli de minuscules lettres noires sans aucune decoration. Nell la tourna et trouva deux autres pages de lettres, meme s’il y en avait encore deux de grande taille avec des dessins traces autour. Elle tourna une autre page et trouva une autre image. Sur celle-ci, la petite fille avait depose son livre et s’adressait a un gros oiseau noir qui s’etait apparemment pris la patte dans les plantes grimpantes. Elle continua de feuilleter.

Les pages qu’elle avait deja tournees etaient sous son pouce gauche. Elles essayaient de se liberer, comme si elles etaient vivantes. Elle devait presser de toutes ses forces pour les maintenir en place. Finalement, elles boufferent par le milieu et glisserent de sous son doigt pour retourner se coller, flop-flop-flop, au debut de l’histoire.

« Il etait une fois, dit une voix feminine, une petite fille qui s’appelait Elizabeth et qui aimait bien s’asseoir sous la tonnelle du jardin de son grand-pere pour y lire des contes. » La voix etait douce, rien que pour elle, avec un accent victorien tres chic.

Nell referma brutalement le livre et le repoussa. Il glissa par terre et s’arreta pres du divan.

Le lendemain, Tad, le petit ami de Maman revint de mauvais poil. Il posa brutalement son pack de six sur la table de la cuisine, en sortit une biere et se dirigea vers le sejour. Nell tachait de ne pas rester dans ses pattes. Elle recupera Dinosaure, Canard, Peter Rabbit et Pourpre, plus sa baguette magique, un sac en papier qui etait en fait la voiture dans laquelle se promenaient ses enfants et un bout de carton qui etait une epee pour tuer les pirates. Puis, elle fila vers la chambre qu’elle partageait avec son frere, mais Tad venait d’entrer, sa biere dans une main, et, de l’autre, il commencait deja a piocher dans le fourbi pose sur le divan, a la recherche de la manette de commande du mediatron. Il jeta par terre tout un tas de jouets d’Harv et de Nell, puis marcha sur le livre avec son pied nu.

« Ouille, bon Dieu de merde ! » s’ecria Tad. Il baissa les yeux et contempla l’ouvrage, incredule. « Putain, c’est quoi encore, ce truc ? ! » Il fit mine de botter dedans, puis se ravisa, se souvenant qu’il etait pieds nus. Il le ramassa, le soupesa et regarda Nell droit dans les yeux, la fixant pour estimer sa distance et son azimut. « Stupide petite conne, combien d’fois faudra que j’te repete de me degager ton putain de bordel ? ! ! » Puis il se tourna legerement, enroula le bras autour du corps et lui jeta le livre a la tete, comme un frisbee.

Elle le regarda venir, interdite, n’ayant meme pas l’idee de s’ecarter, mais, au dernier moment, la couverture s’ouvrit. Les pages se deployerent, envolee de plumes qui effleura son visage, sans lui faire le moindre mal.

Le livre tomba a ses pieds, ouvert sur une page illustree.

L’image etait celle d’un gros homme noir et d’une petite fille dans une piece encombree ; l’homme jetait un livre a la tete de la petite fille.

« Il etait une fois une petite fille qui s’appelait Conne, dit le livre.

— Je m’appelle Nell », dit Nell.

Une infime perturbation se propagea le long du reseau de lettres garnissant la page en vis-a-vis.

« Tu vas t’appeler chair a pate si tu me nettoies pas ce putain de merdier, dit Tad. Mais tu f’ras ca plus tard, j’ai besoin d’un peu d’intimite, pour une fois, merde ! »

Nell avait les mains pleines, aussi poussa-t-elle le livre du bout du pied jusque dans le couloir et la chambre d’enfants. Elle dechargea tout son fourbi sur le matelas, puis retourna en vitesse fermer la porte. Elle garda a portee de main la baguette magique et le sabre, au cas ou, puis elle coucha Dinosaure, Canard, Peter et Pourpre dans le lit, bien alignes, et leur remonta la couverture jusque sous le menton. « A present, toi tu vas au lit, et toi aussi et toi aussi et toi aussi, et vous etes sages, pas’que vous avez tous ete vilains et que vous avez embete Tad et que je vous reverrai que demain.

— Nell mit ses enfants au lit et decida de leur raconter des histoires », dit la voix du livre.

Nell regarda le livre, qui s’etait rouvert tout seul, cette fois sur une illustration montrant une petite fille qui ressemblait beaucoup a Nell, hormis qu’elle portait une belle robe a fleurs et qu’elle avait des rubans dans les cheveux. Elle etait assise pres d’un lit miniature avec quatre enfants bordes sous sa couverture a fleurs : un dinosaure, un canard, un lapin et un bebe aux cheveux pourpres. La petite fille qui ressemblait a Nell avait un livre sur les genoux. « Depuis quelque temps, Nell les mettait au lit sans leur faire la lecture, poursuivit le livre, mais, a present, les enfants n’etaient plus aussi petits, et Nell decida qu’afin de les eduquer convenablement, ils devaient entendre des histoires le soir. » Nell prit le livre et le posa sur ses genoux.

Premieres experiences de Nell avec le Manuel

Le livre avait une voix de contralto superbe et il parlait avec un accent digne des Vickys les mieux eduques. La voix etait celle d’une personne reelle – meme si elle etait bien loin de toutes celles que Nell connaissait. Elle s’elevait et retombait comme un lent ressac sur une plage tropicale et, quand Nell fermait les yeux, elle l’emportait sur un ocean de sensations.

Il etait une fois une petite princesse appelee Nell, qui etait emprisonnee dans un grand Chateau noir sur une ile au milieu d’un vaste ocean, avec un petit garcon appele Harv, qui etait son ami et son protecteur. Elle avait aussi quatre amis intimes, denommes Dinosaure, Canard, Peter Rabbit et Pourpre.

Harv et la princesse Nell ne pouvaient pas quitter le Chateau noir, mais de temps en temps, un Corbeau venait leur rendre visite…

« C’est quoi, un corbeau ? » dit Nell.

L’illustration etait une peinture haute en couleurs, montrant une ile vue du ciel. L’ile pivota vers le bas et sortit de l’image, se muant en un panorama sur l’ocean a l’horizon. Au milieu, un point noir. L’image zooma sur le point noir, qui se revela un oiseau. De grosses lettres apparurent en dessous. « C-O-R-B-E-A-U, dit le livre. Corbeau. Maintenant, repete apres moi.

— Corbeau.

— Tres bien. Nell, tu es une petite fille intelligente et tu sais faire plein de choses avec les mots. Peux-tu m’epeler le mot corbeau ? »

Nell hesita. Elle etait encore toute rouge du compliment. Au bout de quelques secondes, la premiere lettre se mit a clignoter. Nell la toucha.

La lettre grossit jusqu’a repousser toutes les autres lettres ainsi que les illustrations hors des limites de la page. La boucle s’epaissit et se mit a tourner. « C comme Courir », dit le livre. L’image poursuivit sa metamorphose et devint une image de Nell qui courait. Bientot, apparurent sous ses pieds des taches multicolores. « Nell Court sur des Cailloux Colores », dit le livre, et tandis qu’il parlait de nouveaux mots apparurent.

« Pourquoi est-ce qu’elle court ?

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